
uand la 230 est arrivée à la maison, j’ai achevé de la démonter, de la mettre en pièces. Puis, j’ai tout mis en boîte, bocal, avec étiquetage pour identification ultérieure, pris des photos pour essayer de faciliter le remontage le jour venu. Étant né avec deux bras gauches et 20 doigsts palmés, je suis bien incapble de mener à bien une opération d’une telle envergure. Il faudait que je sois un vrai mécanicien, ce qui est loin d’être le cas. Petit à petit, j’ai fait refaire des pièces d’après le modèle d’origine : beaucoup de pièces étaient inutilisables mais pouvait servir de modèle pour refabrication. Les pièces en acier ont été refaites en acier inoxydable. Le tube était détruit, pourri. J’ai été obligé de l’écentrer à la disqueuse pour sortir les brides inernes : leur vis de fixation ayant pourri sur pièces. Les conditions de “stockage” des 10 dernières années avaient eu raison d’elles, elles étaient abosolument “fondues” (comme les vis de fixation des supports de chercheurs) avec la fonte des brides et l’acier du tube. Lors de la vente de la 230, le Père Josset m’avait fourni plusieurs caisses de pièces qu’il n’avait jamais pu utiliser car leur précédent propriétaire les avait fait chromer (!!!!). Un jour, je me suis décidé à faire étudier ces pièces par quelqu'un de mes connaissances. Un dimanche je suis donc allé voir ce “spécialiste” avec une partie du bloc en alpha. Quand je lui ai donné, il m’a tout de suite dit que ce n’était pas de l’acier : “– Trop lourd !!!” (????). Il a retourné le morceau sous tous les angles, il a attrapé un tournevis et a commencé à gratter sur ue partie invisible une fois montée, puis il a pris une brosse métallique et a commencé à nettoyer. Au bout de 10 secondes, une couche rouge est apparue, puis, après encore 5 secondes de grattage “doux” le métal nu est apparu : du métal jaune, terne.

l a alors attrapé un chiffon et a frotté le métal mis à nu qui, immédiatement, s’est mis à briller. Il a de suite identifié le métal comme étant du laiton et m’a demandé si j’en avais beaucoup des pièces comme celle-là. Je lui ai répondu que j’en avais environ 200kgs !!!!!!!

e jour-là, j’ai eu confirmation que la lunette était vraiment un drôle d’engin. Un autre fait m’avait fait imaginer que la 230 était un instrument un peu spécial, c’est que chaque pièce était poinçonnée ou repérée par des chiffres, des coups de pointeau. Ce n’est pas vraiment le type de détail que l’on trouve sur un engin de série. Que faire de toutes ces pièces si ce n’est attendre d’avoir le budget pour enlever ce chrome indésirable par bains spéciaux ? L’ensemble de ces pièces a donc rejoint les caisses en attendant son heure.

e me suis donc consacré pendant ces années à faire fabriquer des pièces : vis de calage du pied, réglage en latitude, axes divers, achat de boulons inox chez Weber à Paris etc … C’est à cette période, qui a quand même duré 10 ans, que j’ai reconstitué autant que possible l’histoire dont une petite partie vous est narrée sur se site. À l’automne 1992, je rencontre J. Texereau qui “me” fait fabriquer un vrai barillet pour mon optique. En 1998, je participe à un festival d’astronomie dans les Hautes-Alpes : le tube est refait à cette occasion (qui constitue un premier montage “à blanc”). C’est à ce moment que j’ai vu Marco (un chaudronnier) au travail. C’est impressionnant. Il part d’une feuille d’inox plate qu’il met en forme à la rouleuse. Vous voyez la plaque prendre forme à chaque passage. Une fois le cercle “parfait obtenu” (il faut l’oeil, la patience et le toucher, bref, le vrai savoir-faire), le tube est soudé bord à bord (là aussi c’est coton). Après tout ça, un bon coup de meuleuse et roule, l’affaire est faite. Maintenant, il faut percer pour les accessoires et les brides de raccordement qui portent les diaphragmes. Alors là, bonjour l’angoisse, je me suis vraiment demandé comment il allait faire. Ce n’est pas compliqué, un type qui sait ne perd pas de temps. Il a posé le tube modèle sur une table, le nouveau à côté, pris un compas, un double-décimètre, une pointe-à-tracer, un pointeau et on y va. En 10mn, tous les trous sont repérés, pointés, le diamètre de chacun est mesuré sur le modèle, la perceuse pneumatique en mains, les forets qui creusent l’inox comme du papier de soie et on y va. Il y a environ 100 trous sur le tube de la 230. Marco bosse comme une machine numérique, il n’est pas nécessaire de repasser derrière lui, il ne vérifie pas son job 20 fois de suite, il maîtrise chaque étape. Le gain de temps est énorme. En deux jours le tube a été fait. Il n’a rien fallu reprendre, tout a fonctionné du premier coup. Impressionnant. Tellement impressionnant que, depuis, il s’est installé à son compte et la vie est belle !!!!! Un jour de 1999, en plein divorce, un dossier pour postuler à un concours organisé par la Fondation Canal+ est déposé. C’est l’appel à dossiers pour l’opération “10 projets pour l’an 2000”. Sophie Bonnaure, chargée de misson de la Fondation, me rend visite à St Etienne où j’habite depuis 1989. Je défends mon dossier bec et ongles car il n’y a que dix places gagnantes : chacun reçoit 150.000,00Frs (23000€). Inutile de vous dire que je suis plutôt intéressé. Je lance en même temps une souscription dans la presse spécialisée. Je collecte quelques piécettes fort utiles !!!!!