
ès son plus jeune âge Redmond Barton Cafferata est attiré par les choses du ciel. Ainsi, à Stonyhurst, collège de jésuites où il a été éduqué, on note la présence d’un observatoire astronomique dont il est membre actif. Il est probable qu’une de ces premières confrontations se soit déroulée alors qu’il était cadet sur un 4 mâts-barque (le Bidston Hill, qui devait sombrer au Cap Horn le 31 juillet 1905) : le navire sur lequel il a tenté de démarrer une carrière de navigateur au long cours. C’était la grande époque de la marine à voile et la pratique de l’astronomie était alors primordiale pour les marins. En 1923, il décide de s’installer en France à Nice (St Jean Cap-Ferrat). En 1927, il part avec ses anciens professeurs de Stonyhurst pour une expédition pour une éclipse totale de soleil. En 1928, sur le toit de la somptueuse villa Natacha qu’il vient de faire construire, il érige un observatoire qui abrite son Cassegrain de 62cm. Il utilise aussi une lunette Zeiss équatoriale de 16cm.

rois grandes décisions sont prises durant la période niçoise, la vente de la villa Natacha, la construction de sa future demeure de maître assortie du démarrage de la construction de l’engin de ses rêves. En termes de qualité, il trouve son site très moyen, il ne saurait donc s’en contenter ; il n’a pas quitté son brumeux pays pour un site moyen, il veut ce qu’il y a de mieux. Sa quête le mène tout naturellement dans le département voisin, les Basses-Alpes. Libéré des contraintes liées au permis de construire, il peut construire plus grand et laisser ainsi exploser sa passion : il dessine et conçoit son second instrument d’astronomie, la plus extraordinaire machine à observer les étoiles dont un passionné puisse rêver et l’écrin merveilleux qui va avec : un splendide observatoire privé nanti de deux coupoles (bois cintré et couverture zinc, comme les “pros”). La propriété s’étend sur 6Ha et comprend 5 bâtiments. S’agissant de la future lunette, il veut un instrument à la fois techniquement “à la pointe” et esthétiquement splendide. Il a des goûts de luxe et les moyens de les réaliser, donc, il va se lâcher pour la lunette. La fibre patriotique le guide sans doute un peu dans le choix du fabricant, mais c’est aussi parce que la société Cooke, Troughton et Simms a la réputation d’être les “Zeiss” anglais … Il détermine lui-même le diamètre, l’ouverture, la formule de l’objectif, le type demontre équatoriale, le statif … Comme la lunette sera installée en France, il fait fabriquer le tube optique et ses accessoires par Manent (prononcez “manant”), le “Zeiss” français et successeur des prestigieux Établissements Secrétan, Mailhat. Il pense, à raison d’ailleurs, que, pour la maintenance, il sera plus aisé à un mécanicien français d’intervenir sur une mécanique française qu’anglaise (système métrique, standards mécaniques). Il rencontre donc M. Manent et lui dépose les plans de l’instrument qu’il désire faire construire. Longueur, choix des matériaux, esthétique, tout est de son propre chef. Il ne commande pas la plus grosse lunette Manent, il ne lui donne pas “carte blanche”, il commande SA lunette. Ici, pas de place pour l’improvisation, l’approximation. Il sait ce qu’il veut et il l’aura. Il désire un instrument de la catégorie “professionnelle” tant en termes de puissance qu’en termes de qualité ET un bijou unique. Quand M. Cafferata rêve de sa lunette, nous sommes à la fin du règne de la reine Victoria, dans les années 1885/1890. Ce n’est que cinquante années plus tard que notre astronome préféré fait construire sa prodigieuse lunette. Comme nous avons à faire à une personne attachée aux traditions, en 1928, quand il passe commande, il ne fait pas construire un appareil au style “Arts décos” (alors qu’il en a tout à fait les moyens, il suffit pour cela de visiter sa villa niçoise) mais un instrument à l’allure victorienne, celui-là même dont il a rêvé dans sa jeunesse, un vrai rêve d’enfant, tout droit sorti des romans de Jules Verne, donc un magnifique objet de l’époque victorienne. Concernant la finition et l’allure générale de l’instrument, il exige un très haut niveau, ce qu'il y a de mieux, pas plus, pas moins. Chaque pièce est fabriquée en un seul et unique exemplaire.

ette lunette ne ressemble à aucun instrument connu.

’est la lunette de M. Cafferata. Une oeuvre d’art.